[ELLE VOICE] LINH AN: Because Asian art is on the rise.

[ELLE VOICE] LINH AN: Parce que l’art asiatique est en plein essor.

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Diplômée d’un master en sciences, spécialité management de l’art, il y a dix ans à l’INSEEC à Paris, Linh An a pourtant travaillé à plein temps dans le secteur de la communication et de la publicité depuis lors. Pendant cette période, elle a continué à observer le marché de l’art au Vietnam et dans le monde. Sa passion inébranlable pour l’art l’a poussée à fonder Asian Art Bridge – une galerie dédiée à la promotion d’artistes asiatiques talentueux, en particulier des artistes vietnamiens à Paris.

Asian Art Bridge (AAB) est la première plateforme en ligne à Paris dédiée à l’exposition et à la vente d’art asiatique. Parallèlement, AAB participe régulièrement à des foires internationales d’art et organise des expositions physiques afin de se rapprocher de la communauté des amateurs d’art et des collectionneurs. Avec la devise « l’art pour tous », AAB vise à éveiller la passion pour l’art asiatique et à démocratiser l’accès à l’information sur des artistes talentueux auprès du public en France, en Europe et dans le monde. Bien qu’elle n’ait pas encore un an d’existence, AAB a déjà attiré un large public, principalement des États-Unis, de France, de Suisse, de Chine, du Japon et, dans une moindre mesure, d’Asie du Sud-Est.

Se définissant par sa « sélectivité » par rapport aux autres galeries en ligne, quels sont les critères de sélection des œuvres et des artistes chez AAB ?

AAB privilégie les artistes émergents, car ce sont probablement eux qui ont le plus besoin de soutien. Cela découle d’un défi personnel : permettre aux artistes partenaires de gagner en notoriété et de générer leurs propres revenus, plutôt que de s’appuyer sur des artistes déjà célèbres pour suivre une voie plus facile mais sans véritable empreinte de galeriste. Par ailleurs, je choisis de collaborer avec des artistes ayant un style personnel affirmé, en constante évolution, et souhaitant s’engager sur le long terme avec AAB.

En se concentrant sur les artistes asiatiques sur le marché européen, notamment français, comment percevez-vous l’accueil de l’art asiatique dans cette région ?

Honnêtement, l’art asiatique a connu certains progrès en Europe. Cependant, dans l’imaginaire collectif européen, et particulièrement français, persistent des motifs anciens : boat people, colonisation, Indochine ou guerre. Ces thèmes reflètent une vision héritée du passé colonial, souvent empreinte d’exotisme et de fascination. Les œuvres à dimension historique ou géopolitique sont généralement plus facilement collectionnées. Je ne nie pas l’histoire, mais je souhaite offrir un autre regard sur l’Asie. Mon travail vise à transformer progressivement la perception de l’art asiatique, en particulier de l’art contemporain vietnamien.

Selon moi, l’art oriental connaîtra un développement encore plus important dans les dix prochaines années. De nombreux artistes asiatiques résident et créent actuellement en Europe. Par ailleurs, les musées asiatiques en Europe cherchent à rajeunir leur public. Leurs collections ne se limiteront plus aux périodes coloniales ou aux antiquités, mais s’ouvriront davantage à l’art contemporain asiatique, notamment d’Asie du Sud-Est.

En tant que femme vietnamienne fondant une galerie en France, l’un des centres artistiques européens, le parcours n’a sûrement pas été facile. Quelle a été votre plus grande difficulté ?

Ma plus grande difficulté est le manque de solidarité entre Vietnamiens dans cet environnement. Il faut rappeler qu’il existe plus de 2 000 galeries en France, dont plus de 1 000 à Paris. Sans solidarité au sein de la communauté asiatique et vietnamienne, notre travail reste une goutte d’eau dans l’océan. Ici, il est courant qu’une galerie disparaisse après 2 à 5 ans. Bien que de nombreuses galeries asiatiques et vietnamiennes aient été créées, leur nombre est en diminution.

En tant que femme vietnamienne, je n’ai jamais ressenti de barrière en France. J’ai été éduquée comme une personne qui étudie, non comme une femme qui étudie. Plus tard, au travail, je ne me suis jamais définie comme une femme active, mais simplement comme une personne exerçant un métier qu’elle aime. Mon parcours bilingue français-vietnamien et mes expériences internationales m’ont permis d’évoluer sans difficulté majeure dans la communication et le mode de vie. Les véritables obstacles viennent davantage des relations humaines, ce qui peut parfois engendrer un sentiment de solitude.

Est-ce ce sentiment de solitude qui accompagne le fait de « partir à l’étranger » ? Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer ?

Oui, ce sentiment existe. Mais je continue parce que j’aime profondément ce que je fais et parce que j’ai été fortement influencée par mes parents. Ils ont construit leur vie à partir de rien, et j’ai été témoin de leurs difficultés. J’ai compris que la sérénité financière et mentale nécessite de traverser certaines épreuves. Ils m’ont transmis des valeurs humaines, une vision du commerce et le sens du travail. Dans les moments difficiles, je repense à leurs enseignements pour avancer.

Prochainement, le musée national des arts asiatiques de France – le musée Guimet – m’a invitée à présenter l’art contemporain vietnamien en collaboration avec son association. Jusqu’à présent, leurs conférences portaient principalement sur la Chine, le Japon et l’Inde. C’est la première fois qu’un Vietnamien est invité à parler de l’art contemporain vietnamien. Je souhaite saisir cette opportunité pour changer les perceptions et montrer qu’après 100 ans depuis la création de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine, une nouvelle page s’ouvre. Cet événement me donne également la force de croire que de petites actions aujourd’hui peuvent engendrer de grands changements demain.

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